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Tombes romaines en 3D

À la Plaine Images à Tourcoing, l’Université de Lille dispose d’une plate-forme de recherche et d’innovation dans les environnements visuels numériques et interactifs (Irdive), qui est dotée d’équipements de très haut niveau. « Parmi ceux-ci, nous avons deux scanners en trois dimensions, explique Samuel Degrande, ingénieur de recherche au pôle de compétences interactions réalité virtuelle et images (Pirvi) du centre de recherche en informatique, signal et automatique de Lille (CRIStAL). Le premier est plutôt adapté aux objets de grande dimension, comme les façades de bâtiments. Mais le second convient bien au relevé de très petits détails, comme ceux que doivent visualiser les archéologues. » C’est en fait par l’intermédiaire de son cousin, directeur du service d'archéologie préventive de la communauté d’agglomération du Douaisis (CAD), qu’il a été contacté.

Peu de temps auparavant, des archéologues de la CAD ont en effet mis au jour une carrière de calcaire d’époque romaine, dans un champ près de Douchy-les-Mines, à une douzaine de kilomètres de Valenciennes. Par hasard, à quelques mètres de là, ils découvrent quelques volées de marche qui s’enfoncent dans la terre jusqu’à une porte en pierre quadrangulaire. Ils viennent en fait de mettre au jour des tombes gallo-romaines rares, restées inviolées. Creusées dans le calcaire, elles datent de la fin du Ier au début du IIe siècle apr. J.-C.

Mais il faut faire vite. D’abord parce qu’il s’agit d’archéologie préventive, celle qui intervient avant les engins de chantier : les archéologues ne disposent que de quelques semaines tout au plus avant de laisser la place aux travaux de construction de nouveaux logements. Les tombes, en outre, n’étaient pas prévues au programme, ce qui ne laisse plus beaucoup de temps, sans compter la neige et la pluie qui s’annoncent − on est en décembre.

L’autre urgence tient au caractère assez exceptionnel de ces tombes, qui apparaît dès leur ouverture : certaines sont scellées hermétiquement, grâce à des limons qui se sont infiltrés peu après leur abandon. L’absence d’oxygène a ainsi permis de préserver de la matière organique, alors qu’elle disparaît en général de la plupart des sites archéologiques aussi anciens. Le bois qui entourait un miroir en bronze, des restes de vannerie, les morceaux d’une chaussure ou la sandale d’un enfant sont encore présents, tout comme le décor d’un coffre funéraire.

Leur préservation tient du miracle, car ces vestiges sont d’une fragilité extrême. C’est pourquoi, dès le surlendemain de l’ouverture, l’équipe de Pirvi est sur place pour réaliser le scan des tombes avec les équipements d’Irdive, loués par la CAD. L’opération est délicate, car il n’y aura pas de seconde chance : il leur faut vérifier immédiatement la qualité des données enregistrées.

Aujourd’hui, ils les ont livrées aux archéologues. Scientifiquement, le relevé en trois dimensions révèle à ces derniers des détails que le profane serait bien en peine de déceler : des restes d’animaux sacrifiés, par exemple, sans doute issus des rituels funéraires réalisés pour ces défunts. « Avec ce relevé, nous avons surtout toute la mise en scène de ces rituels » précise Damien Censier, responsable scientifique de la fouille, et par ailleurs ancien étudiant de l’Université de Lille. « Avec les méthodes traditionnelles, le relevé nous aurait pris plusieurs jours, et il aurait été en 2D…

De plus, le relevé 3D va permettre aux habitants de faire l’expérience qui a été celle des archéologues. Car avec des vestiges aussi fragiles, pas question de risquer une exposition. C’est pourquoi le 22 novembre à Douchy-les-Mines, la population pourra se coiffer d’un casque de réalité virtuelle prêté et équipé par Pirvi, et se plonger dans ce qui a été la vie de leurs prédécesseurs sur ce territoire. « J’ai fait le test, raconte Damien Censier, et j’ai vraiment retrouvé les sensations qui avaient été les miennes quand on a ouvert la tombe. » L’installation va d’ailleurs se déplacer au musée de la CAD, Arkéos, au cours d’une prochaine exposition, voire dans d’autres lieux à l’avenir. 

Position des accès aux quatre tombes en 3D

Sandale retrouvée dans une des tombes (Damien Censier/CAD)

D’autres collaborations en cours

En scannant la tombe, l’équipe de Pirvi a profité de son séjour sur place pour numériser une des parois de la carrière, afin d’analyser la nature et les dimensions des objets que celle-ci produisait. La collaboration avec les archéologues va en fait se poursuivre, car ceux-ci ont extrait plusieurs objets et matériaux de cette carrière, comme des bassins quadrangulaires, constellés de nombreuses traces d’outils. Leur analyse précise va permettre de mieux comprendre comment procédaient les tailleurs de pierre de cette époque, pour livrer les éléments d’architecture qui ornaient peut-être les rues de l’antique Fanum Martis, une ville romaine toute proche…

Bois, cuir, céramique, bijoux : divers spécialistes vont se succéder pour examiner les différents types de vestiges retrouvés dans ces quatre tombes. Parmi eux, figurent certains de l’université, notamment au laboratoire histoire, archéologie et littérature des mondes anciens (Halma). Ils analyseront par exemple le contenu des offrandes alimentaires, et notamment les restes d’un petit jambon et d’une demi-tête de cochon assez bien conservés, que les Romains avaient déposés dans les  tombes…



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