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Un traitement contre une infection résistante

Les mycobactéries sont des bactéries fines à la paroi très résistante, qui sont parfois la cause de maladies. Certaines sont responsables d'infections comme la lèpre ou la tuberculose. D'autres, qui sont dites « non tuberculeuses », causent des pathologies moins connues mais actuellement de plus en plus fréquentes dans le monde. Ces pathogènes ont la particularité d’être présents naturellement dans l’environnement, notamment dans les réseaux d’eau domestiques. Par conséquent, on les retrouve fréquemment dans l’organisme des êtres humains. Toutefois, elles n’y causent pas forcément de symptômes, d’où la difficulté pour les médecins de les détecter.

C’est le cas de Mycobacterium abscessus, une mycobactérie à croissance rapide. Certains scientifiques soupçonnent des micro-organismes très fréquents dans l’environnement, les amibes, d’en être des réservoirs, comme dans le cas de la légionellose. Mycobacterium abscessus peut créer des infections superficielles au niveau de la peau mais également engendrer des infections pulmonaires très graves, notamment chez les patients atteints de mucoviscidose ou de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).

Cette bactérie pose de nombreux problèmes aux personnels de santé, car elle présente une résistance à la plupart des antibiotiques. D’où de lourds traitements, qui associent plusieurs molécules, en général pendant plus d’un an. De plus, ces thérapies, qui engendrent de nombreux effets secondaires n'offrent aucune garantie de succès.

C’est tout l’intérêt des expériences menées par une équipe de l’unité de glycobiologie structurale et fonctionnelle (UGSF¹) en collaboration avec deux autres équipes françaises². Elles ont testé une série de molécules efficaces contre la tuberculose, afin d’identifier un composé possédant une action contre Mycobacterium abscessus.

Lors des recherches préliminaires, le consortium avait identifié une molécule contenant un alcool, le pipéridinol (dérivé de la molécule qui donne son goût piquant au poivre). En effet, cette molécule possède non seulement une action contre des mycobactéries in vitro, mais aussi dans un modèle reproduisant les cellules de globules blancs qui absorbent les corps étrangers (les macrophages). Elle en a une également in vivo.  Son utilisation dans un modèle impliquant des poissons-zèbres infectés par Mycobacterium abscessus, a en effet permis une amélioration notable de l’espérance de vie de ces derniers.

L’étude du mécanisme d’action de ce type de molécules, a permis de démontrer qu’elles perturbent la circulation des acides mycoliques, des acides gras qui forment la paroi des mycobactéries. Sans ces composants essentiels à leur développement et leur multiplication, les bactéries meurent.

Dans une nouvelle publication, l’équipe a entrepris des études plus poussées, pour évaluer l’efficacité de nombreuses molécules analogues, contenant du pipéridinol. Ils ont ainsi pu identifier quels ensembles d’atomes entrant dans la composition et la structure de ces molécules étaient déterminants à l'action antimycobactérienne. Ce projet de recherche leur a permis de sélectionner l’une d’entre elles, particulièrement prometteuse, pour de futurs médicaments.

La publication scientifique

¹ (Univ. Lille/CNRS/Inrae)

² Une équipe de l’institut de recherche en infectiologie de Montpellier (IRIM) et une autre de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ)

Image : Colonies de Mycobacterium abscessus au microscope électronique − C. Brambilla et al., Front. Microbiol., 2016 − CC BY 4.0 (image recadrée)




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