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Contre la résistance aux antibiotiques

En 2016, un rapport commandé par le gouvernement britannique a été on ne peut plus clair. Devant la recrudescence d’infections bactériennes de plus en plus résistantes aux traitements, la situation risque d’empirer dramatiquement. Si d’ici 2050, la communauté scientifique n’a pas identifié de nouveaux antibiotiques, écrit-il, alors l’humanité connaîtra vraisemblablement de nouvelles pandémies. Cette fois probablement pas liée à un virus, comme le Covid-19, mais à une bactérie résistante aux traitements. Les 700 000 morts annuels que causent ces infections aujourd’hui dans le monde, deviendraient alors, calculaient les experts, près de dix millions. Plus que le cancer…

« Nous devons aller plus vite vers de nouveaux antibiotiques, explique Nicolas Willand, professeur de chimie organique et médicinale, membre de l’unité de recherche Médicaments et molécules pour agir sur les systèmes vivants (M2SV¹). Pour cela, nous avons besoin de les développer en collaboration étroite avec un partenaire industriel. » Celui-ci est tout trouvé. C’est une société suisse, Bioversys, avec lequel le M2SV et le centre d’infection et d’immunité de Lille (CIIL²) collaborent depuis sept ans sur un traitement contre la tuberculose. Après un article dans la célèbre revue Science en 2017, un financement européen deux ans plus tard, c’est désormais la FDA, l’organisme qui autorise la commercialisation des médicaments aux États-unis, qui vient de donner son feu vert pour l’étude préalable à un essai clinique de phase 1 (la première des trois étapes permettant d’autoriser un traitement chez l’homme).

Une complémentarité laboratoire-entreprise

Forts de ces résultats très prometteurs, les deux laboratoires lillois et Bioversys avaient décidé d’aller plus loin. La société a d’abord créé en 2019 une filiale française, en partie hébergée à la faculté de pharmacie de l’Université de Lille et à l’institut Pasteur de Lille.

C’est cette filiale qui a permis la création d’une équipe mixte laboratoire-entreprise via un appel à projet financé par le Fonds européen de développement régional (Feder)³. Il s’agit de projets de trois ans, même si selon Nicolas Willand, la collaboration sera vraisemblablement appelée à se prolonger au-delà de cette durée. Un accord de consortium règle les différents détails de l’exploitation économique de leurs futures découvertes communes.

« Nous sommes complémentaires », indique Nicolas Willand. Bioversys a une expertise dans la connaissance des mécanismes biologiques des bactéries. L’expertise du CIIL se situe notamment dans la connaissance des différents agents infectieux (bactéries, virus, etc.) tandis que celle du M2SV, précise Nicolas Willand, « se situe en chimie médicinale, c’est-à-dire l’optimisation des propriétés pharmacocinétiques et pharmacologiques [de leurs interactions et de leur devenir dans l’organisme] des molécules identifiées comme actives contre les bactéries résistantes. »

Élargir le panel d’infections

L’objectif de ce laboratoire commun est de développer ensemble des projets sur plusieurs de ces molécules. Celles-ci peuvent venir de Bioversys, qui dispose d’une importante banque de bactéries résistantes aux antibiotiques, ou encore d’autres identifiées par M2SV et le CIIL lors de tris rapides et systématiques (« criblages »). « L’un des axes de recherche porte sur les infections des voies respiratoires et notamment les pneumopathies liées à des souches d’Acinetobacter baumannii résistantes, mentionne Nicolas Willand. Longtemps cantonnées aux hôpitaux (« maladies nosocomiales »), certaines infections commencent à être contractées de plus en plus à l’extérieur.

« Ce laboratoire commun s’inscrit dans un cadre plus large, qui est de fédérer les forces vives de la recherche en région pour faire émerger de nouvelles solutions thérapeutiques contre un plus large panel d’infections, “de la paillasse à la clinique” » ajoute Nicolas Willand. Le M2SV, le CIIL et Bioversys vont par exemple commencer à collaborer avec le laboratoire BioEcoAgro⁴ (ex-institut Charles Viollette) sur des molécules produites à partir de matières premières d’origine biologique, comme la chicorée.

¹ (Univ. Lille/Inserm/I. Pasteur Lille)

² (Univ. Lille/CNRS/Inserm/CHU Lille/I. Pasteur Lille)

³ En coordination avec la région Hauts-de-France et la fondation I-Site ULNE, qui a apporté également son soutien financier

⁴ (Univ. Lille/Inrae/UPJV/Yncrea HdF)

Vidéo de présentation du projet Smart-Lab par Nicolas Willand, mise en ligne par la fondation I-Site ULNE




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