Actualités

Les escargots et la biodiversité du lac Victoria

Une équipe de recherche du laboratoire Éco-Évo-Paléo¹ menée par Bert Van Bocxlaer en collaboration avec des collègues allemands, s’est intéressé à un écosystème qui avait défrayé la chronique il y a une quinzaine d’années, suite à un documentaire appelé le « Cauchemar de Darwin » primé dans de nombreux festivals, mais dont la dramatisation des enjeux et les méthodes avaient été fortement critiquées par la suite.

L’une des questions du film abordait les conséquences de l’introduction d’un poisson, la perche du Nil, dans le plus grand lac d’Afrique, le lac Victoria pour mettre en place une pêche industrielle, et comment cela avait déstabilisé l’un des écosystèmes d’eau douce les plus diversifiés de la planète.

L’équipe de recherche s’est penchée notamment sur une question complémentaire : est-ce que les invertébrés, notamment les escargots du lac ont bénéficié de cet effondrement de la diversité des poissons dans la chaîne alimentaire, comme cela avait été prédit par certains scientifiques ? Pour cela, il fallait reconstruire toute l’histoire de ces différentes espèces d’escargots (du genre Bellamya) depuis des centaines de milliers d’années. La méthode a consisté à collecter ces organismes dans la région du lac Victoria (en Afrique de l’Est), à analyser leur patrimoine génétique pour en déduire leur évolution démographique.

Le résultat était inattendu : contrairement à ce que pensaient les scientifiques, il n’y avait pas eu une explosion démographique ou encore une forte diversification au moment où le lac Victoria s’était reformé, après une période où il était quasi-asséché il y a une quinzaine de milliers d’années. Au contraire, les populations des escargots étaient encore bien plus grandes il y a 150-125 000 ans qu’aujourd’hui, et n’ont fait depuis que décliner.

Une information cruciale au moment où certains scientifiques se demandent comment réguler la pêche industrielle, de manière à ce qu’elle arrête de dégrader la situation écologique du lac. Les escargots sont en effet importants pour comprendre l’évolution de la biodiversité, parce qu’ils bougent peu et sont un élément important de la chaîne alimentaire. Or les observations de l’équipe indiquent justement que des groupes d’escargots séparés depuis au moins une quinzaine de milliers d’années sont probablement en train de se mélanger, du fait de la détérioration actuelle de leurs habitats.

¹ (Univ. Lille/CNRS)