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Sars-Cov-2 : des masques qui s’auto-décontaminent

Avec l’émergence de variants du Sars-Cov-2 plus contagieux, la question de l’efficacité des masques s’est à nouveau posée. À l’échelle d’une population, chaque pourcent d’amélioration peut avoir un effet significatif sur la propagation de l’épidémie. Des recherches menées par les équipes de Bernard Martel de l’unité Matériaux et transformations (Umet¹), et Nicolas Blanchemain, de l’unité Systèmes avancés de délivrance de principes actifs (ADDS²), ont permis la mise au point et la commercialisation de nouveaux types de masques filtrants et décontaminants, qui non seulement piègent les virus, mais aussi les désactivent. Ils permettent de réduire la charge virale de 99,9 % en moins de 5 minutes. Ainsi automatiquement décontaminés, leur manipulation est beaucoup moins contraignante. Conformes aux normes de filtration et certifiés comme dispositifs médicaux, ces masques sont destinés en priorité aux personnels soignants et aux malades de la Covid-19 en milieu hospitalier.

L’intérêt du procédé mis au point par les deux équipes lilloises est qu’il permet de rendre virucide la couche filtrante des masques, constituée de fibres très fines (« non tissé en polypropylène ») sans détériorer ses propriétés filtrantes et de manière industrialisable. Il consiste à fixer sur les fibres des molécules en forme d’anneau, constituées de sucres et appelées cyclodextrines. C’est dans ces « cages » que viennent se piéger les molécules virucides, qui restent donc dans la couche filtrante.

Cette étape supplémentaire dans la fabrication des masques ne nécessite pas d’équipements de production spécifiques, et s’adapte sans difficultés à des grands volumes industriels. C’est pourquoi cette couche virucide a pu être intégrée dans des masques chirurgicaux et FFP2. Leur sécurité a été validée, la quantité d’agent virucide étant plus de cent fois inférieure aux seuils de toxicité légaux, et la couche traitée n’étant en contact ni avec le visage, ni avec l’extérieur.

Autre avantage, l’agent virucide utilisé est efficace non seulement contre les virus similaires au Sars-Cov-2 mais aussi contre d’autres virus et des bactéries, comme le staphylocoque doré ou Escherichia coli. Ces masques virucides pourraient donc diminuer fortement le risque de contracter une infection par voie respiratoire à l’hôpital, par exemple.

D’un virus à l’autre

Appelé CIDALTEX®, le procédé est exploité aujourd’hui par la société française Bioserenity pour la fabrication de ses masques virucides. Il a fait très récemment l’objet d’un dépôt de brevet aux États-unis. Il s’agit en fait d’une évolution d’un procédé déjà breveté en 2011 par les équipes de l’UMET et de l’ADDS. Le projet qui en était à l’origine avait été initié à l’occasion de l’épidémie de H1N1 de 2009, mais n’avait pas abouti à une industrialisation faute de partenaire, et suite au bilan humain de cette pandémie heureusement limité.

Les deux équipes lilloises travaillent ensemble depuis presque vingt ans sur  l’utilisation de cyclodextrine pour la fonctionnalisation de dispositifs médicaux ( pansements, prothèses vasculaires et stents coronaires, prothèses de hanche,  etc.).

¹ (Univ. Lille/CNRS/Inrae/ENSCL)
² (Univ. Lille/Inserm/CHU Lille)