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Innover, du cancer à la dermatologie

En ce mois de juillet, les choses s’enchaînent pour Philippe Saudemont. Sa soutenance de thèse est prévue le lendemain, mais il prend la peine de répondre à quelques questions, avec un œil sur le surlendemain, 8 juillet, où il doit recevoir à Paris le prix i-PhD des mains de la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal. Ce concours national soutient les jeunes docteur·e·s porteur·se·s d’un projet de startup particulièrement innovant, en leur proposant un accompagnement d’un an à la création d’entreprise, un kit vidéo promotionnel et un accès privilégié à la bourse French Tech.

De la détection de cellules cancéreuses…

Tout commence il y a dix ans, quand celui qui était alors étudiant en biologie à l’Université de Lille décide de se tourner vers un master de biotechnologie. En deuxième année, il réalise son stage dans un laboratoire de l’université, « Protéomique, réponse inflammatoire et spectrométrie de masse » (PRISM¹). C’est là, sous la houlette de la professeure Isabelle Fournier qu’il découvre le projet SpiderMass. Le but : vaporiser avec un laser des quantités microscopiques d’un tissu biologique pour en analyser les différentes molécules. Le projet utilise pour cela une méthode appelée spectrométrie de masse, qui à partir des proportions de toutes ces molécules délivre une sorte de « code-barre », de portrait-robot de l’état du tissu. « Avec cette méthode, nous sommes en mesure de dire si un tissu est cancéreux ou pas, avec une fiabilité de 95 %, voire plus », explique Philippe Saudemont. En d’autres termes, un chirurgien peut savoir quasi-instantanément s’il reste ou non des cellules cancéreuses sur les bords d’une tumeur qu’il vient d’enlever.

Quand Philippe Saudemont arrive en 2015, le projet est encore essentiellement au stade du laboratoire. Mais ses concepteurs souhaitent créer une entreprise pour le valoriser. Ils débutent une phase de « maturation » qui consiste à fiabiliser et à démontrer la faisabilité du procédé, en vue de son industrialisation. Ce processus se fait avec la société d’accélération du transfert de technologies (SATT Nord). Or celle-ci a justement besoin d’un ingénieur pour s’occuper du projet. Philippe Saudemont candidate et il est recruté. Sa mission : adapter le projet aux contraintes du monde réel en lui faisant franchir une première étape, celle de parvenir à un instrument utilisable dans un bloc opératoire vétérinaire, aux normes et contraintes un petit peu moins drastiques que chez l’humain. L’objectif sera atteint et les résultats publiés en novembre 2018.

…à l’évaluation de traitements dermatologiques

Cette même année, une autre opportunité s’est présentée. Depuis quelques temps, le laboratoire Pierre Fabre dermo-cosmétique a pris contact avec PRISM. La technologie développée pour SpiderMass pourrait en effet les aider dans leurs tests en dermatologie. Philippe Saudemont commence alors une thèse entre PRISM et la société Pierre Fabre, basée à Toulouse, sous la forme d’une convention industrielle de formation par la recherche (Cifre). « La peau d’un patient atteint d’acné, de dermatite atopique ou de psoriasis par exemple, est le siège d’inflammations, explique Philippe Saudemont. Le but de ma thèse est de reproduire un appareil SpiderMass qui soit adapté aux analyses dermatologiques, et de l’installer dans le centre de recherche sur la peau Pierre Fabre. Puis de l’utiliser pour identifier des molécules caractéristiques de l’importance de cette inflammation, afin de mesurer en temps réel l’efficacité des traitements mis au point par la société. » La technologie SpiderMass permet en effet de récupérer un grand nombre de molécules à partir de ces tissus, qui sont autant de candidats potentiels marquant l’intensité de l’inflammation.

Un peu ralenties par la pandémie − le port du masque ne facilitant pas les tests sur les maladies dermatologiques du visage −, les études cliniques devraient s’achever à l’automne. Ce sera aussi le moment pour Philippe Saudemont et les autres fondateurs qui l’accompagnent, de lancer une startup sur le sujet. Pour préparer cette étape, il a d’ailleurs suivi cette année le diplôme d’université sur l’entrepreneuriat en santé, proposé par l’université et Eurasanté (Health Entrepreneurship Program). Et son entreprise, où s’établira-t-elle ? À Toulouse ? « Non, à Lille bien sûr ! »


¹ (Univ. Lille/Inserm/CHU Lille)

Vidéo du projet SpiderMass

La preuve de concept de SpiderMass, dans un contexte vétérinaire

Le dispositif SpiderMass étudié en dermatologie à Toulouse