Tuberculose et antibiorésistance : un nouveau prototype de médicament

Des travaux ouvrant une nouvelle voie dans la lutte contre la résistance aux antibiotiques ont été publiés dans la revue Science du 17 mars.

La pharmacorésistance aux médicaments antituberculeux est un problème majeur de santé publique qui compromet les succès remportés en matière de lutte contre la tuberculose. C'est pourquoi des chercheurs lillois du Centre d'infection et d'immunité de Lille (Inserm U 1019/ CNRS umr 8024 / Institut Pasteur de Lille / Université de Lille) sous la direction du docteur Camille Locht et du laboratoire U 1177 « médicaments et molécules pour agir sur les systèmes vivants » (Inserm, Institut Pasteur de Lille, Université de Lille) dirigé par le professeur Benoît Deprez ont inventé un prototype de médicament (Smart-420) capable de supprimer la résistance à l’éthionamide, un antibiotique utilisé pour traiter la tuberculose.

Combattre la tuberculose en luttant contre la résistance aux antibiotiques existants

La résistance signifie que l’effet antibactérien d’un antibiotique ne se manifeste plus. Chez Mycobacterium tuberculosis (la tuberculose étant une maladie bactérienne causée par Mycobacterium tuberculosis (Mtb), se transmettant par voie aérienne et touchant principalement les poumons), la résistance aux antibiotiques est provoquée par des mutations génétiques souvent considérées comme difficilement réversibles.
L’étude des chercheurs lillois montre qu'il est possible de contraindre le bacille tuberculeux résistant à l'antibiotique éthionamide à revenir à un état de complète sensibilité. Comme de nombreux antituberculeux, l’éthionamide fait partie des pro-antibiotiques. Ces médicaments, inactifs en tant que tels, doivent être activés à l'intérieur de la bactérie pour la tuer. La résistance au pro-antibiotique éthionamide se produit lorsque des mutations génétiques altèrent ce mécanisme de bioactivation.


 « Au travers de la forte collaboration qui lie nos équipes de biologistes et de chimistes médicinaux, nous avons réussi à inventer un prototype de molécule - Smart-420 - qui réveille une nouvelle voie de bioactivation de l'éthionamide, provoquant ainsi une resensibilisation complète des bactéries résistantes à cet antibiotique. » expliquent le docteur Alain Baulard, directeur de recherche au Centre d’infection et d’immunité de Lille (Inserm, CNRS, Institut Pasteur de Lille, Université de Lille) et le Professeur Nicolas Willand (Inserm, Institut Pasteur de Lille, Université de Lille).


La combinaison de Smart-420 et de l'éthionamide a ainsi permis de traiter efficacement des souris infectées par des bacilles tuberculeux qui étaient devenus insensibles à l'antibiotique seul.
« Ce projet, qui fait la fierté de nos équipes, illustre le potentiel important des scientifiques lillois dans le domaine de la recherche de nouveaux médicaments » explique le professeur Benoit Déprez, directeur de l’U1177, laboratoire entièrement dédié à la recherche de stratégies innovantes en drug discovery.

Des pistes de recherche innovantes pour développer de nouveaux antibiotiques

Ces travaux ouvrent aujourd’hui la voie à un candidat-médicament, actuellement en développement en partenariat avec GlaxoSmithKline et la biotech Bioversys. Les équipes lilloises travaillent également à élargir ce concept à d'autres infections bactériennes dont les traitements sont mis en péril par la montée en puissance des cas de résistances aux antibiotiques.

Pour plus d'informations : le communiqué de presse Tuberculose et antibiorésistance : des chercheurs lillois inventent un nouveau prototype de médicament