Université

Gabrielle Bruno-Biendiné

Gabrielle Biendiné, née Bruno, voit le jour au Cateau le 5 mai 1880. Elle est la fille d’Alphonse Bruno, instituteur et directeur d’école, et de Zéma Marie Gérard, elle-même institutrice. Enseignants, ses parents sont issus d’un milieu ouvrier et très modeste. Elle a des frères et sœurs mais nous n’avons pas d’informations à leur sujet. Il est très probable que la famille suive les différentes mutations de son père.

Éducation et première Licenciée ès Sciences

Gabrielle Bruno parfait son éducation secondaire au collège d’Armentières. En 1894, elle obtient une demi-bourse et y suit donc des cours en tant qu’élève du Gouvernement, comme 64 autres jeunes filles en France cette année-là. Elle obtient en 1897 les deux diplômes sanctionnant la 5ème année d’études secondaires : le brevet supérieur en juin et le diplôme de fin d’études secondaires en juillet. Si ces deux diplômes permettent aux jeunes femmes d’exercer les métiers d’institutrices ou de directrices d’écoles, ils ne permettent cependant pas d’enseigner dans les collèges et lycées de jeunes filles. Dès la rentrée 1897, elle suit donc pendant deux ans des cours de sciences de 6ème année au lycée Fénelon de Paris, comme en atteste la lettre de Mme Cécile Provost, alors directrice du lycée, pour certifier la participation de Gabrielle Bruno à ces cours. Cette lettre, certainement nécessaire pour son inscription à la Faculté des Sciences, assure de la « bonne conduite » de la jeune femme, ainsi que de son « travail intelligent ».

Grâce à cette attestation, elle peut s’inscrire dès novembre 1902 à la Faculté des Sciences de Lille, bien qu’elle ne dispose pas d’un diplôme du baccalauréat moderne. Elle prépare alors en tant que candidate libre les différents certificats de zoologie, botanique et géologie. A l’époque, elle habite chez ses parents, rue du Long-Pot à Fives, très certainement proche de l’école Paul Bert, où son père est instituteur.

Entre novembre 1903 et juillet 1905, Gabrielle Bruno­ prépare et obtient successivement ses différents certificats d’études supérieures en zoologie (novembre 1903), botanique (juillet 1904) et géologie (juillet 1905). Ces réussites lui permettent donc d’être la première femme à obtenir le diplôme de Licenciée ès Sciences à la Faculté en juillet 1905.

Une carrière dans l'enseignement des sciences

En parallèle avec ses études, elle commence à donner des cours puisqu’elle est chargée dès 1904 de l’enseignement des sciences (à hauteur de 9h par semaine) au collège de jeunes filles d’Armentières, sur proposition du recteur de l’Académie. Grâce à l’obtention de sa licence en 1905, elle est officiellement nommée « professeur » au même collège par un arrêté du 11 octobre. Les premiers rapports d’inspection sur la manière d’enseigner de Gabrielle Bruno la décrivent comme une enseignante sérieuse, très active, méthodique et qui sait intéresser et faire travailler ses élèves. Elle exprime très vite le désir d’obtenir une direction de collège de jeunes filles dans la région du Nord. Malgré des avis favorables, elle n’est pas retenue pour prendre la direction du collège de Calais, établissement jugé « trop important » au vu de son expérience limitée. C’est finalement le 25 octobre 1910 qu’elle est nommée directrice des cours secondaires de jeunes filles de Péronne. Dès sa première inspection, elle donne tout de suite satisfaction à l’académie qui se félicite de son esprit d’initiative et de sa prudence dans la création du nouvel établissement. Malgré des soucis de santé, elle s’investit totalement dans l’établissement « dont elle est l’âme », comme l’écrit le recteur dans son rapport d’inspection de 1913. Elle parvient à augmenter les effectifs de ses classes, si bien que les autorités songent à transformer son établissement en collège.

Son dossier personnel ne nous donne pas beaucoup d’informations sur son activité au moment où la Première Guerre mondiale éclate. Elle obtient le titre d’ « officier d’académie » juste avant le début des hostilités, et reste sans doute à Péronne jusqu’en mai 1915 où elle est nommée suppléante à l’École normale d’institutrices d’Amiens puis au collège de garçons de Boulogne-sur-Mer. C’est sans doute dans ce dernier établissement qu’elle rencontre Joseph Adelbert Biendiné, professeur de lettres classiques, né à Bourdon dans la Somme le 2 février 1861. Ils se marient le 25 septembre 1916 à Boulogne-sur-Mer. L’année suivante, elle est nommée « professeur » au collège de jeunes filles de la ville.

En 1919, Gabrielle Bruno- Biendiné écrit au recteur pour demander à être nommée directrice du collège de jeunes filles de Cambrai, et demande également la nomination de son mari au collège de garçons de Cambrai, afin qu’ils puissent tous deux exercer leurs fonctions « sans être séparés l’un de l’autre ». Sa demande pour Cambrai n’aboutit pas mais elle est finalement nommée directrice du collège de Boulogne-sur-Mer le 15 septembre, avant d’être nommée deux jours plus tard directrice du collège d’Abbeville. Le couple s’installe donc à Abbeville où Joseph Biendiné est nommé au collège Courbet.

En 1921, une lettre du maire à l’inspecteur d’académie émet quelques réserves au sujet de Gabrielle Bruno-Biendiné, notamment sur la diminution du nombre de pensionnaires à l’internat et sur le fait que son mari soit si souvent présent dans le cabinet administratif du collège que les jeunes filles l’ont surnommé « monsieur le directeur ». L’inspecteur se contente cependant de renouveler auprès d’elle les conseils de prudence qu’il lui avait déjà prodigués.

Dans les rapports d’inspection suivants, il est intéressant de noter que l’inspecteur d’académie pointe à plusieurs reprises des faiblesses dans la manière de diriger son personnel, une trop grande nervosité dans son contact avec la municipalité et le public ; cependant, le recteur juge ces remarques beaucoup trop sévères et rappelle que Gabrielle Bruno-Biendiné a toujours dirigé ses établissements avec beaucoup de sérieux et de volonté et qu’elle a largement fait ses preuves avant la guerre avec les cours secondaires de Péronne. Grâce à son ancienneté et à son travail accompli, elle reçoit le titre d’ « officier de l’instruction publique » en 1925.

En 1925, Gabrielle Bruno-Biendiné fait une nouvelle demande de mutation à Cambrai, afin de se rapprocher de ses parents. Comme lors de ses précédentes demandes, elle est d’abord nommée directrice du collège de jeunes filles de Neufchâteau avant d’être nommé « professeur » de sciences à Cambrai en octobre. Le couple s’installe au 8 rue Louis Belmas, en plein centre de Cambrai et proche du collège où elle enseigne. En 1927, elle fait une demande de congés longs afin de pouvoir rester auprès de son mari, qui doit subir une opération grave. Dès le début des années 30, elle fait de nombreuses demandes de congés car elle doit souvent s’absenter pour des raisons de santé ou pour s’occuper de son mari. Celui-ci décède le 25 juin 1931. Elle continue à enseigner jusqu’à son admission à la retraite en 1938.

A partir de 1939, il est difficile de savoir ce qu’il advient de Gabrielle Bruno-Biendiné car les sources nous manquent. Elle n’a aucun enfant et continue à habiter la même maison dans laquelle elle s’était installée avec son mari à leur arrivée à Cambrai, et ce jusqu’à son décès le 31 janvier 1963.

 

 Notice rédigée par Marie Lefèvre.

Sources

Archives départementales du Nord
Acte de naissance de Gabrielle Bruno - 3 ESuppl 519
Dossier d'étudiante à la Faculté des Sciences - 3239 W 15
Registre de diplômés - 3268 W 81
Dossier de personnel du rectorat de Lille - 2 T 167

Archives municipales de Boulogne-sur-Mer
Acte de mariage entre Gabrielle Bruno et Joseph Adelbert Biendiné - E293

Revue
L'Enseignement secondaire des jeunes filles : revue mensuelle / directeur Camille Sée, 1895-01, consultable sur Gallica : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k124330q/f42.image