Université

Denise Bar

Première femme professeure[1] de pharmacie à l’Université de Lille, Denise Bar obtient un baccalauréat en mathématiques élémentaires avant de poursuivre ses études à la Faculté des Sciences puis à la Faculté mixte de Médecine et de Pharmacie. En 1935, elle soutient un doctorat universitaire consacré à l’acide ortho-crésotique. Tout en continuant la recherche, elle travaille dans un laboratoire pharmaceutique. Si elle commence à enseigner en 1939, elle ne démarre véritablement sa carrière universitaire qu’en 1942 en tant qu'assistante. Lauréate du concours des Pharmaciens des Hôpitaux, elle soutient une thèse de doctorat d’État portant sur les sulfamides en 1948. Professeure agrégée après avoir été classée première à l’agrégation en 1949, elle devient professeure sans chaire en 1955. Ses recherches portent notamment sur la chimie pharmaceutique. Reconnue par ses pairs, elle reçoit le prix Kuhlmann de la Société des Sciences, de l’Agriculture et des Arts de Lille en 1965. En 1977, elle est nommée professeure émérite et deux ans plus tard, elle est nommée « Chevalier » dans l’ordre de la Légion d’Honneur en 1979.

Enfance, milieu familial et études secondaires

Denise Bar est née le 25 janvier 1909 à Hallennes-lez-Haubourdin (Nord) d’un père employé de commerce, puis copropriétaire d’un atelier de confection, et d’une mère institutrice.

Elle débute sa scolarité pendant la Première Guerre mondiale, en 1916. De ce fait, les enseignements se déroulent dans des cafés – l’école ayant été réquisitionnée par les Allemands. Après avoir suivi les cours complémentaires à l’école Jules Ferry d’Haubourdin, elle rejoint en 1925 l’école supérieure Jean Macé de Lille. Cette école permettait seulement de préparer le brevet supérieur, mais pas le baccalauréat. Or ce diplôme était indispensable pour être admis à l’Université. Par conséquent, Denise Bar poursuit ses études en première D, puis en terminale « mathématiques » au lycée de Fénelon de Lille, ce qui lui permet d’obtenir un baccalauréat en mathématiques élémentaires en 1928.

Une telle orientation des jeunes filles vers une école ne préparant pas au baccalauréat mais uniquement au brevet supérieur s’avère fréquente à cette époque. Ainsi, parmi les étudiantes inscrites en pharmacie en même temps que Denise Bar, beaucoup ont également deux ans de retard par rapport aux garçons ou aux rares filles qui ont été plus précocement orientés vers une première D et une terminale « mathématiques ».

Études supérieures et thèses de doctorat

Munie du précieux sésame que constitue le baccalauréat, Denise Bar effectue simultanément des études de pharmacie et des études de sciences à Lille. Elle réussit brillamment tous ses examens, obtient sa licence ès sciences et est lauréate de la faculté en 1930 puis en 1932.

Elle soutient une thèse de doctorat universitaire – mention « pharmacie » (thèse de 3e cycle) intitulée Étude de quelques sels et esters de l’acide ortho-crésotique le 1er juillet 1935 et obtient la mention « très bien » ; son jury de thèse est présidé par le professeur Frédéric Morvillez et composé également des professeurs Michel Polonovski, André Giberton et Albert Lespagnol.

Elle soutient ensuite une thèse d’État  intitulée Recherche dans la série des sulfamides le 12 juillet 1948 et obtient à nouveau la mention « très bien » ; son jury de thèse est constitué des professeurs Albert Lespagnol, Cyrille Vallée, Paul Boulanger et Paul Balatre.

Emplois pharmaceutiques et carrière universitaire

Après l’obtention de sa première thèse, Denise Bar travaille, de 1935 à 1939, aux Laboratoires Sténé, dirigés par le professeur Lemoine et dont le siège se situait à Paris, 2 place des Vosges. En raison de la Seconde Guerre mondiale, les Laboratoires Sténé, tout comme d’autres laboratoires lillois, tels Amido et Liposeptine, quittent Lille – alors en zone occupée – et se replient dans l’Allier – en zone libre. Ainsi, les Laboratoires Sténé s’installent à Moulins en octobre 1939 et Denise Bar cesse alors provisoirement d’y travailler.

Les hommes étant partis au front, elle remplace le professeur Albert Lespagnol au Laboratoire de la Liposeptine à partir de septembre 1939 et y est chargée des analyses et de la fabrication des spécialités pharmaceutiques. Elle commence à enseigner par ailleurs à la Faculté en 1939 mais, dès son deuxième cours, la guerre et les risques de bombardement l’interrompent.

En juin 1940, la Faculté de Lille se replie brièvement au Touquet puis à Rennes. Denise Bar suit ce mouvement d’évacuation, mais revient à Lille dès septembre 1940 pour y reprendre ses activités pendant toute la guerre.

Après la guerre, elle retravaille dans le Laboratoire de la Liposeptine – situé rue du magasin à Lille et célèbre notamment pour les spécialités Marrubène (élixir et granulés).

Parallèlement à ces fonctions industrielles, Denise Bar devient « chef de travaux » de chimie organique à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lille.

Par la suite, Denise Bar occupe différentes fonctions et grades d’importance croissante dans le cursus honorum universitaire (que nous laissons orthographiés au féminin ou au masculin, comme inscrit dans les documents originaux de l’université) :
    - assistante à titre provisoire (1942-1943) ;
    - déléguée dans les fonctions de chef de travaux pratiques en chimie (1943-1944) ;
    - chef de laboratoire (1944-1945) ;
    - assistante titulaire (1945) ;
    - chef de travaux titulaire (1946) ;
    - chef de travaux en chimie organique (1947-1948) ;
    - professeur agrégé[2] (maître de conférences[3]) stagiaire (1949-1952) ;
    - maître de conférences agrégée titulaire (1952-1955) ;
    - professeur sans chaire (1955-1956) ;
    - professeur en chimie organique (1957-1978) ;
    - professeur émérite (1978-1981).

Par ailleurs, Denise Bar se présente également avec succès au concours de « Pharmacien des hôpitaux », concours jusqu’alors inaccessible aux femmes. Par la suite, elle exerce à l’hôpital psychiatrique d’Armentières, puis possède brièvement sa propre pharmacie d’officine à Arras (30 rue Gambetta) entre le 27 décembre 1941 et le 5 janvier 1943. Parallèlement, elle est aussi, et à titre provisoire, assistante bénévole à la faculté.

Enfin, Denise Bar exerça des fonctions ordinales puisqu’elle fut Vice-Présidente du Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens (CROP) de la région Nord - Pas-de-Calais.

Distinctions et prix

    - Prix de thèse de l’OCP (Office Commercial Pharmaceutique) – un grossiste-répartiteur français – pour sa thèse sur l’acide ortho-crésotique (1935) ;
    - Grand Prix des Sciences pharmaceutiques (1950), puis Grand Prix Kuhlmann (1965), tous deux décernés par la Société des Sciences, de l’Agriculture et des Arts de Lille (SSAAL) ;
    - Insignes de « Chevalier » dans l’ordre de la Légion d’Honneur, au titre du Ministère des Universités, remis le 28 janvier 1979 par le professeur Albert Lespagnol, « Officier » de la Légion d’Honneur, membre de l’Académie nationale de Médecine et membre de l’Académie de Pharmacie.

Principales publications scientifiques

En plus de ses deux thèses citées précédemment, Denise Bar a publié ou co-publié, avec le professeur Albert Lespagnol notamment (3,6), des ouvrages pédagogiques de chimie organique et de chimie thérapeutique ainsi que des articles scientifiques et donné des conférences (5) dans des domaines ayant trait aux Sciences Pharmaceutiques et aux métiers du pharmacien (1,8). Professeure de Chimie Organique en Pharmacie, elle a publié ses recherches, qui concernaient la synthèse de molécules originales ayant potentiellement des propriétés pharmacologiques (2,4,7,9).

Notice rédigée par Hélène Lehmann, MCU en droit pharmaceutique de la santé, Faculté de pharmacie de l'Université de Lille, et Annie Marcincal, professeure honoraire en chimie organique, Faculté de pharmacie de l'Université de Lille.

Notes

[1] Si cette biographie féminise les titres et fonctions de Denise Bar, il nous semble important de souligner qu'il ne lui serait jamais venu à l'idée de le faire.
[2] Le concours de l’Agrégation ayant été suspendu pendant la guerre de 1939-1945, Denise Bar le passe après cette guerre, en 1949. Ce concours n’était guère ouvert aux femmes avant l’année où Denise BAR s’y présente et y est reçue première.
[3] Le titre de « maître de conférences » de l’époque correspondait à « professeur agrégé », de la même façon que le titre de « chef de travaux » conduisait à l’ancien statut de « maître-assistant », puis au statut actuel de « maître de conférences ».
[4] Lorsqu’on se penche sur les chefs d’œuvre des étudiants que sont les chansons de la « Revue de Pharma », où chaque enseignant à son tour bénéficie de la description de ses travers en «réalité augmentée » et de façon sans doute injuste ou exagérée, et que l’on relit les chansons dédiées à « la Miss », on y trouve le témoignage de l’affection des étudiants pour Denise Bar.
Elle n’a en effet jamais ménagé son temps pour aider ceux qui étaient en difficulté et ses étudiants savaient qu’ils pouvaient compter sur elle.
De plus ses cours étaient clairs, bien construits et les étudiants appréciaient, à une époque ne disposant pas du cours sur internet, qu’il était commode de bien prendre ses notes.
Pourtant Denise Bar a toujours été d’un premier abord austère, pour ne pas dire sévère, qui cachait une nature spirituelle et même discrètement blagueuse, parfois gentiment moqueuse, qu’elle montrait dans les nombreux discours qu’on lui a demandé de prononcer. Ses allocutions étaient brillantes et montraient son immense culture.

Références bibliographiques

Ressources documentaires concernant la biographie de Denise Bar

Fonds de la Faculté mixte de Médecine et de Pharmacie, Archives départementales du Nord.
Gérard BISERTE, Histoire de la faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lille, Lille 1979, tome I, p.139 et tome II, p. 489.
Denise BAR / 28 janvier 1979, plaquette éditée suite à la remise des insignes de Chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur à Denise BAR, 1979
Site internet de la SSAAL :  societe-sciences-agriculture-arts-lille.fr/wp-content/uploads/2017/02/Microsoft-Word-PrixSSAAL1944-1969.pdf
    
Publications de Denise Bar (citées dans le texte)

1– Contrôle des médicaments chimiques à l’Officine, s. l. n.d.
2– A. LESPAGNOL, C. LEVADITI et D. BAR, Recherches dans le série des sulfamides, s. l. n. d.
3 – A. LESPAGNOL et D. BAR, Cours de Chimie organique à l’usage des étudiants en Pharmacie, 1948, Collection Les cours de Sorbonne, ISSN 0574-3508 .
4- J. PIQUET, D. BAR et H. BOISSE, « Étude comparative d’un nouveau dérivé sulfamidé », L’Echo Médical du Nord, novembre 1953, Imprimerie Centrale du Nord, 12, rue Lepelletier, Lille, 1953.
5 – D. BAR, « Les Médicaments de l’hypertension », Bulletin de la Société de Pharmacie de Lille, 1956, n°2, pp. 53-70, Imprimerie A. Gatti, 128, rue du Faubourg de Roubaix, Lille.
6 –  A. LESPAGNOL, C. LESPAGNOL, D. BAR et M. DAUTREVAUX, Quelques aspects de la chimie des médicaments, Masson, 1966 .
7 – C. LESPAGNOL, D. BAR, A. MARCINCAL-LEFEBVRE, P. MARCINCAL, L. MASSE, « Benzolkernalkylierung von benzoxazolinon », Chemischer Informationsdienst / Organische Chemie, n° 2 (22), 1971.
8 – D. BAR, « Grandeur et servitude du métier de pharmacien », Bulletin de l’Ordre des Pharmaciens, n° 195, décembre 1976. Ce texte correspond au discours prononcé par Denise BAR lors de la prestation de serment de la promotion 1976 de la Faculté de Pharmacie de Lille, le 24 juin 1976.
9– D. BAR, A. MARCINCAL-LEFEBVRE et J.-C. GESQUIERE, « Synthèse de phénylthio-4 phénylhydrazines et de quelques dérivés », Annales Pharmaceutiques Françaises, 1980, 38, n°2, pp. 161-168, Masson, Paris 1980.

Les auteures de cet article tiennent à témoigner leur plus vive gratitude à :
- Madame Nicole Trupin , nièce de Denise Bar, pour les informations qu’elle leur a fournies relativement à l’enfance et à la jeunesse de Denise Bar ;
- Madame Nathalie Barré-Lemaire, archiviste à l’Université de Lille, pour son aide précieuse en matière de recherches de documents d’archives concernant les soutenances de thèse et la carrière universitaire de l’intéressée.